Selon ce rapport, la baisse du taux de chômage au Maroc et en l'Algérie restent remarquable par rapport à celle de la Tunisie compte tenue de sa croissance économique soutenue. En effet, au Maroc le taux de chômage au niveau national est passé de 13.4% en 2000 à 9.6% en 2008, soit une baisse de 28%. Quant à l'Algérie, il a enregistré une réduction spectaculaire de ce taux estimée à 62% passant de 29.8% à 11.3% en l'espace de 8 ans. D'après M. Achy, ce recul du chômage dans les trois pays du Maghreb est dû à la baisse du taux de croissance de l'offre de main-d'œuvre au cours de la dernière décennie. Ainsi, ce taux est estimé à 2.37% au Maroc, 2.38% en Algérie et 1.86% en Tunisie comparativement à 3.66%, 4.13% et 3.13% respectivement au début des années 1990.
Autre facteur déterminant de cette baisse est la stagnation du taux de participation des femmes sur le marché du travail dans les pays du Maghreb durant la dernière décennie. En Tunisie, considérée comme modèle d'émancipation des femmes, le taux de participation des femmes se situe encore aujourd'hui aux alentours de 25% comparé à environ 24% il y a une décennie. Au Maroc, ce taux a stagné autour de 27% tout au long de la décennie. En Algérie, la participation des femmes au marché du travail qui était déjà faible à la base, a accusé une baisse de l'ordre de deux points passant de 17% en 1998 à 15% seulement en 2008.
La raison derrière la stagnation ou le recul de la participation féminine sur le marché du travail au Maghreb est la persistance d'un taux de chômage plus élevé chez les femmes par rapport aux hommes dans les trois pays. En Algérie, le taux de chômage chez les femmes est de 17.4% soit environ le double par rapport à celui des hommes. Le voisin tunisien n'est pas non plus en meilleure position, le taux de chômage des femmes dans ce pays est 30% plus élevé comparé à celui des hommes.
Au Maroc, même si le taux de chômage des hommes et des femmes est identique au niveau national, le taux de chômage des femmes au milieu urbain est plus élevé que celui de la gente masculine. Ce dernier est estimé à 20.3% contre 13% seulement pour les hommes. «En l'absence d'indemnisation en cas de chômage, les hommes qui portent en charge leurs familles, ne sont pas sélectifs dans le travail pourvu qu'ils aient un revenu contrairement aux femmes qui s'abstiennent de travailler si elles ne trouvent pas un emploi décent», explique Lahcen Achy.
D'après ce chercheur, les opportunités d'emploi au Maroc existent plus dans les secteurs non structurés notamment l'agriculture, le textile et les secteurs industriels qui n'assurent toujours pas une protection sociales aux employés. «La politique du gouvernement en matière de promotion d'emploi a longtemps visé la création des opportunités au détriment de la garantie d'un travail décent. «La question de l'emploi décent commence à peine à émerger dans l'action gouvernementale à travers la mise en place de l'AMO, les programmes de promotion d'emploi en plus de la réforme du régime de sécurité sociale», signale Lahcen Achy.
Intervenant également à cette occasion, le ministre de l'Emploi et de la Formation professionnelle Jamal Rhmani, a souligné que la coopération maghrébine est incontournable pour relever les défis confrontés par les trois pays. M. Rhmani a ainsi «réitéré l'appel du Royaume à l'accélération du processus d'intégration des pays du Maghreb et à la levée de tout obstacle susceptible de retarder cette intégration». «Ce n'est pas là un vœu pieux, c'est une nécessité économique de plus en plus urgente car il y va du devenir de notre région dans le concert des nations», conclut le ministre.
Rappelons que cette rencontre, qui est d'ailleurs la première de son genre, a réuni plusieurs chercheurs et experts dans le domaine de l'économie des trois pays pour débattre des questions centrales en rapport avec l'activité, le chômage et les politiques de l'emploi et de redistribution dans les pays du maghreb. «Le but est de mettre en exergue les similarités et les différences et de proposer des options aux décideurs en s'appuyant sur les réalités des pays du Maghreb mais en bénéficiant également des expériences internationales dans ce domaine», indique Lahcen Achy, chercheur résident au Centre Carnegie pour le Moyen-Orient.
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L'emploi dans le secteur public
L'emploi dans le secteur public a joué un rôle important dans l'absorption des flux excessifs des nouveaux entrants sur le marché du travail dans les pays du Maghreb. L'emploi public était perçu comme une composante importante du contrat social entre l'Etat et les citoyens. Au Maroc, l'emploi public reste dominant au niveau des diplômés universitaires malgré la faiblesse de ce dernier. En effet, presque la moitié d'entre eux ont été recrutés dans le secteur public en 2008 par rapport à 96% en 1993. Ainsi, le coût de l'emploi public mesuré par la part de la facture salariale sur le total des dépenses publiques est le plus élevé au Maroc suivi par la Tunisie avec 47%.
D'après le rapport du Centre Carnegie du Moyen-Orient, le problème de l'emploi public dans les pays du Maghreb, comme pour les autres pays du Moyen-orient et de l'Afrique du nord n'est pas uniquement celui de leur effectif mais aussi celui de leur coût et de la qualité des services offerts à la collectivité.
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